TL;DR : une seule perfusion de zimislecel — des îlots pancréatiques produits à partir de cellules souches — a permis à 10 des 12 participants d’un essai de phase 1/2 d’arrêter l’insuline un an plus tard (résultats publiés dans le NEJM). La phase 3 est lancée, les demandes d’homologation sont attendues en 2026. Contrepartie actuelle : une immunosuppression à vie, qui réserve d’abord cette approche aux formes sévères de la maladie.
Vivre avec un diabète type 1, c’est compter les glucides, surveiller sa glycémie jour et nuit et s’injecter de l’insuline plusieurs fois par jour, à vie. C’est précisément ce quotidien qu’une thérapie cellulaire expérimentale, le zimislecel de Vertex Pharmaceuticals, pourrait un jour transformer : dans un essai clinique publié dans le New England Journal of Medicine, la grande majorité des participants a pu ranger stylos et pompes à insuline.
Remplacer les cellules détruites plutôt que compenser leur absence
Dans le diabète de type 1, le système immunitaire détruit les cellules bêta des îlots de Langerhans, qui produisent l’insuline. Toutes les stratégies actuelles — injections, pompes, boucle fermée — compensent cette perte sans la corriger. Le zimislecel prend le problème à la racine : des îlots pancréatiques complets, entièrement différenciés en laboratoire à partir de cellules souches, sont administrés par une perfusion unique. Une fois implantées, ces cellules détectent le glucose et sécrètent l’insuline de façon autonome, comme un pancréas fonctionnel.
Ce que montre l’essai publié au NEJM chez des patients au diabète type 1 sévère
Les douze participants — tous atteints d’un diabète type 1 compliqué d’hypoglycémies sévères non ressenties — ont retrouvé une production endogène d’insuline régulée par le glucose. À un an : HbA1c sous les 7 % et plus de 70 % du temps dans la cible glycémique pour tous, disparition des hypoglycémies sévères après le 90e jour, et arrêt complet de l’insuline exogène chez dix d’entre eux — le plus souvent dans les six premiers mois. La réduction moyenne des doses quotidiennes a atteint 92 %. Les effets indésirables rapportés étaient en majorité légers ou modérés ; deux décès, considérés comme non liés au traitement, sont survenus pendant l’étude.
Le prix à payer : l’immunosuppression
Ces cellules étant issues d’un donneur (allogéniques), les patients doivent prendre un traitement immunosuppresseur — sans corticoïdes dans l’essai — pour empêcher leur rejet, et ce à vie en l’état actuel. C’est la principale limite de l’approche, et la raison pour laquelle elle cible en priorité les patients dont les hypoglycémies sévères mettent la vie en danger. Vertex et d’autres équipes travaillent déjà sur des cellules « hypoimmunes » ou encapsulées qui pourraient, à terme, s’en affranchir. D’ici là, prudence : la thérapie n’est pas approuvée, le recul reste limité, et rien ne remplace l’avis de l’équipe soignante.
Calendrier : cap sur 2026
La phase 3, menée dans la même population, a achevé recrutement et perfusions au premier semestre 2025. Vertex prévoit de déposer les dossiers d’homologation auprès de la FDA, de l’EMA et de la MHRA britannique courant 2026, avec l’appui de statuts accélérés (RMAT et Fast Track aux États-Unis, PRIME en Europe, Innovation Passport au Royaume-Uni). La fin des injections n’est pas encore actée — mais pour la première fois, elle figure à l’horizon réglementaire.
FAQ
Comment le zimislecel est-il administré ?
Par une perfusion unique dans la veine porte : les îlots dérivés de cellules souches s’implantent dans le foie et y assurent la production d’insuline en réponse au glucose.
Qui pourrait en bénéficier en premier ?
Les adultes atteints de diabète de type 1 avec hypoglycémies sévères et non-perception des hypoglycémies — la population étudiée dans l’essai et visée par les premiers dossiers d’homologation.
Faut-il encore de l’insuline après le traitement ?
Dans l’essai, 10 participants sur 12 ont pu arrêter l’insuline à un an ; les autres ont fortement réduit leurs doses. Ces résultats restent à confirmer en phase 3 et sur une durée plus longue.
L’immunosuppression est-elle vraiment à vie ?
Oui, en l’état actuel : les cellules sont allogéniques et seraient rejetées sans ce traitement. Des pistes pour s’en passer (cellules génétiquement modifiées, encapsulation) sont à l’étude.
Est-ce une guérison du diabète de type 1 ?
Non, pas au sens strict : la maladie auto-immune sous-jacente demeure et le traitement remplace les cellules détruites. Les auteurs parlent de restauration de la fonction des îlots, pas de guérison.
Sources
- NEJM — Stem Cell–Derived, Fully Differentiated Islets for Type 1 Diabetes (10.1056/NEJMoa2506549)
- Healio — Zimislecel appears to restore islet function in type 1 diabetes
- Managed Healthcare Executive — Phase 3 Trial Under Way
- Type1Strong — Research breakthroughs to watch
Par Patrick Lancier