Par Patrick Lancier
Amman, 23 août 2026. Roman Gofman, directeur du Mossad depuis juin, a vu en Jordanie le ministre syrien Asaad al-Shaibani. Axios, trois sources. Jérusalem n’a pas commenté. Damas non plus. Le fait n’est pas la photo de famille. C’est le prix d’un pacte signé seize jours plus tôt à La Mecque.
Le 7 août, Mohammed ben Salmane, Recep Tayyip Erdogan et Shehbaz Sharif ont conclu l’Accord de défense conjoint de La Mecque. Associated Press a repris la clause : une attaque contre l’un vaut attaque contre les trois. Riyad apporte le pétrole et le chéquier. Islamabad la dissuasion nucléaire. Ankara la deuxième armée de l’OTAN et une industrie de défense qui vend déjà des drones et des radars. Erdogan a dit que l’accord ne visait personne. Le marché, lui, a entendu une autre chose : un club de défense sunnite qui n’a plus besoin d’attendre les Accords d’Abraham pour s’équiper.
Mardi 18 août, l’aviation israélienne a frappé la base d’Abou al-Duhour, campagne d’Idlib, près de la frontière turque. Deux sources ont dit au Jerusalem Post que le raid visait un radar et une défense antiaérienne turcs. La base était désaffectée. Le matériel, non. Al-Shaibani a dit à Axios qu’il n’y avait « aucune intention d’établir une base turque ». À Reuters, la veille d’Amman : « Nous ne faisons pas confiance à Israël actuellement. »
Le 14 août, Gofman avait déjà eu al-Shaibani au téléphone, selon The New Arab. Sujet : la présence militaire turque en Syrie. Le raid est venu après l’appel. La réunion d’Amman est venue après le raid. N12 a indiqué que les chefs du renseignement général et militaire syriens étaient à la table. Une source a dit au Jerusalem Post que l’entretien « s’est bien passé ». AFP évoque une « salle d’opérations » en Jordanie, sous supervision américaine, pour éviter un heurt, y compris avec la Turquie. Ni Jérusalem ni Damas n’ont confirmé ce dispositif.
Amichai Chikli, ministre israélien chargé de la diaspora, l’a dit sur i24NEWS dès le 9 août : l’alliance de La Mecque est « très dangereuse » parce que Riyad « va avec les Turcs », en Méditerranée et sur le front syrien. Il a nommé la Grèce, Chypre, les Émirats et le Somaliland comme contre-poids. Ce n’est pas un commentaire de plateau. C’est la carte des assurances qu’Israël considère encore ouvertes.
Le même 25 août, John Ratcliffe, directeur de la CIA, a passé huit heures à Moscou. Peskov : contacts entre services, pas de rencontre avec Poutine. Trump : visite « semi-routinière ». Mgr Gallagher voyait Lavrov le même jour. Trois canaux, une semaine. Le canal qui touche le prix de la sécurité israélienne, c’est Amman : un radar turc sur une piste syrienne, après un pacte qui traite une attaque contre Ankara comme une attaque contre Riyad.
Gofman dirige depuis le 2 juin. Channel 12 a dit le 6 août qu’il avait retiré de leur poste le chef du renseignement et le chef du bureau Iran, après un plan de soulèvement kurde jamais exécuté. Ils restent au service. Le Mossad n’a pas confirmé. Amman n’est pas cette affaire. Amman, c’est le flanc nord, et le matériel.
Al-Shaibani a dit à Axios que la désescalade « ne peut pas être la responsabilité d’un seul côté ». Israël n’a pas dit qu’il laisserait un radar turc s’installer. Le contact existe. Le contrat de sécurité, non.
Sources
- Axios, 23 août 2026
- Jerusalem Post
- AFP / Ahram, 23 août
- The New Arab
- Associated Press, 7 août 2026
- Chikli, i24NEWS
- franceinfo, CIA à Moscou
- i24NEWS / Channel 12, 6 août