HSBC Suisse mise en examen en France : l’ombre des 300 millions de Riad Salameh

Par Patrick Lancier — exaneintegrale.com

La justice française vient de franchir un cap dans l’un des dossiers de blanchiment les plus sensibles de la décennie. HSBC Private Bank (Suisse), filiale helvétique du géant bancaire britannique, est désormais formellement mise en examen en France pour ses liens présumés avec Riad Salameh, l’ancien gouverneur de la Banque du Liban.

Une caution de 80 millions d’euros

Selon les informations rapportées par Le Monde, la banque a été contrainte de verser une caution de 80 millions d’euros, destinée à couvrir d’éventuels dommages et intérêts futurs. Un montant qui donne la mesure du risque juridique que les magistrats français attachent au dossier.

L’enquête, ouverte à Paris en juillet 2021, porte sur le détournement présumé de plus de 300 millions de dollars entre 2002 et 2015. Les enquêteurs soupçonnent Riad Salameh, longtemps présenté comme le « magicien » de la finance libanaise, d’avoir joué un rôle central dans ce circuit de fonds. L’intéressé a toujours contesté l’ensemble des accusations portées contre lui.

La Suisse avait déjà tiré la sonnette d’alarme

Ce volet français n’arrive pas de nulle part. Dès 2024, le gendarme financier suisse, la FINMA, avait constaté de graves manquements aux règles anti-blanchiment chez HSBC Private Bank (Suisse), en lien avec plus de 300 millions de dollars de transactions entre la Suisse et le Liban.

Le schéma est désormais familier : des flux considérables, des années de vigilance défaillante, et une banque systémique qui découvre — une fois la justice saisie — les vertus de la conformité.

Un air de déjà-vu

Pour les observateurs des grands scandales bancaires, l’affaire résonne singulièrement. Elle pose, une fois encore, la question de la responsabilité des établissements qui hébergent, structurent et font transiter des fonds dont l’origine aurait dû éveiller les soupçons les plus élémentaires. Et celle, tout aussi lancinante, de l’efficacité réelle des dispositifs de contrôle interne des grandes banques internationales lorsque les clients concernés pèsent plusieurs centaines de millions.

La mise en examen n’est pas une condamnation : HSBC bénéficie de la présomption d’innocence, et la procédure suivra son cours. Mais la caution record exigée par les juges d’instruction parisiens indique que, cette fois, le dossier est pris au sérieux au plus haut niveau.

Affaire à suivre — de très près.

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