Par Patrick Lancier
Istanbul — Emre Tezmen, président du groupe Tera, a été formellement arrêté aux premières heures du mercredi 23 septembre 2026, après avoir été placé en garde à vue le 19. Avec lui ont été arrêtés deux administrateurs de Tera, Kerem et Emre Alkin, le directeur général de Tera Portföy, Alper Öztürk, et le président de Pusula Finans Holding, Serdar Turhan. La justice turque enquête sur des méthodes qualifiées « de type Ponzi ». Les personnes mises en cause restent présumées innocentes.
Du retard de paiement à la liquidation
La crise s’est nouée le 16 septembre, lorsque la branche de gestion de Tera Yatırım a reconnu ne pas avoir honoré certains paiements après des retraits massifs sur deux de ses fonds ; Pusula Portföy signalait les mêmes retards. L’Autorité des marchés de capitaux a ordonné la liquidation de 131 fonds gérés par sept sociétés, détenus par 455 758 investisseurs distincts. İşbank et la banque publique Ziraat Bank superviseront les cessions ; le 21 septembre, le régulateur a porté leur délai de trois à six mois. Nul ne sait encore combien les porteurs récupéreront.
La mécanique
Ces fonds avaient placé l’essentiel de leurs encours dans des actions peu échangées. Sur un marché aussi étroit, des achats modestes suffisaient à faire monter les cours ; la hausse des valorisations gonflait les performances affichées, qui attiraient de nouveaux épargnants, dont l’argent repartait dans les mêmes titres. Certains gérants empruntaient même en gageant ces actions pour en acheter davantage. Quand les retraits sont venus, il fallait vendre, et vendre faisait chuter les prix : le piège s’est refermé.
L’action Tera elle-même avait bondi de plus de 50 000 % entre son introduction en Bourse et son sommet, avant d’accélérer sa chute après le durcissement, en août, des règles encadrant les fonds.
Avoirs gelés, virements scrutés
Les autorités ont gelé des avoirs liés aux dirigeants de plusieurs sociétés financières et restreint les opérations de certains d’entre eux et de leurs proches, selon l’agence Anadolu. Les procureurs ont réclamé les relevés des transferts d’argent et de cryptomonnaies vers l’étranger depuis 2024. Le ministre de la Justice, Akın Gürlek, a promis que « ceux qui exploitent la sueur, le travail et l’épargne de nos citoyens » en répondraient. Le ministre des Finances, Mehmet Şimşek, évalue les fonds à 18,3 milliards de dollars (15,9 milliards d’euros), soit 10 % du secteur, et assure avoir « placé la zone problématique en quarantaine ».
En une phrase : En Turquie, 131 fonds évalués à 18,3 milliards de dollars sont en liquidation et 455 758 épargnants attendent leur argent ; le président de Tera a été formellement arrêté le 23 septembre 2026.
FAQ
Combien d’épargnants sont touchés ?
455 758 investisseurs distincts détiennent des parts des 131 fonds mis en liquidation, selon l’Autorité turque des marchés de capitaux.
Les épargnants seront-ils remboursés ?
Ils recevront le produit des cessions au prorata de leurs parts, dans un délai porté à six mois ; le montant final reste inconnu.
Qui a été arrêté ?
Emre Tezmen (Tera), Kerem et Emre Alkin, Alper Öztürk (Tera Portföy) et Serdar Turhan (Pusula Finans Holding), le 23 septembre 2026.