Par Patrick Lancier
Paris — Le collège de l’Autorité des marchés financiers a requis, vendredi 25 septembre 2026, 1,5 million d’euros d’amendes contre la société de gestion Auris Gestion et deux de ses dirigeants. Devant la Commission des sanctions, sa représentante a demandé 1 million d’euros contre la société, assortis d’un avertissement, 300 000 euros contre le directeur général et 200 000 euros contre le président. Ce sont des réquisitions, non une condamnation : la Commission rendra sa décision plus tard, et la défense conteste.
Des conseils payés, une traçabilité absente
Le cœur du dossier tient aux « fonds sur mesure », ces véhicules qu’Auris Gestion gère de concert avec des conseillers en investissements financiers, chargés d’émettre des recommandations de placement. Sur la période allant du 1er janvier 2021 au 7 novembre 2024, il est reproché à la société de ne pouvoir justifier avec assez de rigueur que plusieurs de ces conseillers, pourtant rémunérés, aient effectivement conseillé.
« Aucune procédure destinée à assurer la traçabilité de ces prestations de conseil n’a été mise en place avant le 10 novembre 2023 », a soutenu la représentante du collège, qui retient quinze cas de rémunération indue, pour environ 280 000 euros. Le rapporteur, chargé de l’instruction, n’en a retenu que trois, pour un peu plus de 30 000 euros. L’écart entre l’accusation et l’instruction dira beaucoup du montant final.
L’algorithme des fonds durables
Le second grief touche aux fonds présentés comme durables. Un outil algorithmique « suggérait un portefeuille modèle » conforme aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Or, selon le rapporteur, « aucun document n’est venu tracer » la part de décision humaine dans la construction de ces portefeuilles, alors que l’outil était présenté comme « un simple outil d’aide à la sélection ».
La défense plaide la régularisation
Les avocats d’Auris Gestion contestent que les recommandations n’aient pas existé et font valoir que de nouvelles procédures ont été instaurées depuis. Les prestations, disent-ils, ont été payées sur les ressources propres de la société : aucun flux n’a été prélevé sur les fonds, aucune charge reportée sur les porteurs. « Quel serait le sens d’une telle sanction, alors qu’Auris a régularisé sa situation, qu’aucune réclamation, aucun préjudice n’a été démontré ? », a plaidé la défense, qui juge le montant « démesuré ».
Pour la place, l’affaire pose une question simple et redoutable : quand une société de gestion rémunère un conseiller, doit-elle pouvoir prouver, pièce à pièce, que le conseil a existé ? Le collège répond oui ; la Commission des sanctions tranchera.
En une phrase : Le 25 septembre 2026, le collège de l’AMF a requis 1,5 million d’euros d’amendes contre Auris Gestion et deux de ses dirigeants ; la Commission des sanctions n’a pas encore statué.
FAQ
Auris Gestion a-t-elle été condamnée ?
Non. Le collège de l’AMF, qui joue le rôle de l’accusation, a requis des amendes le 25 septembre 2026. La Commission des sanctions rendra sa décision ultérieurement.
Quels montants ont été requis ?
1 million d’euros et un avertissement contre la société, 300 000 euros contre le directeur général et 200 000 euros contre le président, soit 1,5 million d’euros au total.
Que reproche-t-on à la société ?
De ne pas pouvoir prouver la réalité de conseils rémunérés dans ses fonds sur mesure entre 2021 et 2024, et de ne pas avoir tracé la décision humaine dans la gestion de fonds durables appuyée sur un algorithme.